Rwanda, le pays du lait et du miel

(07.06.09)

Probablement que la plupart d’entre vous connaissez le Rwanda de par les terribles images à la télévision en 1994 : Y a-t-il espoir au Rwanda, 15 ans après le génocide ?

Rwanda, les collines du Rwanda

L’HISTOIRE

Mesdames et messieurs,

Probablement que la plupart d’entre vous connaissez le Rwanda de par les terribles images à la télévision en 1994, lors du génocide du peuple rwandais. À la suite de ces événements, les gens se sont demandé : « Comment quelque chose d’aussi terrible puisse-t-il arriver au vingtième siècle? »

 

Y a-t-il espoir au Rwanda, 15 ans après le génocide?

L’histoire du Rwanda débute au sixième siècle av. J.-C. Les Twa qui vivaient de la chasse se sont alors étendu jusque dans les forêts montagneuses du Rwanda. Au septième siècle après J.-C., les Hutus ont à leur tour pénétré la région depuis le Nord-Ouest. Ces derniers vivaient d’agriculture. Ils abattaient les arbres selon les besoins, pour en faire des terres cultivables. Les Tutsis, éleveurs de bétail, firent leur apparition au courant du huitième et neuvième siècle, depuis les régions à l’Est et au Sud du lac Victoria, en Tanzanie. Les Hutus et les Tutsis se livraient ça et là à des querelles, mais effectuaient également des mariages seigneuriaux et fondaient des alliances, à travers lesquelles surgit un mélange des tribus. Cette « invasion » était initialement donc à caractère pacifique.

Au début du sixième siècle, les Tutsis commencèrent à envahir les pâturages des Hutus. Les seigneurs Hutus furent tués et remplacés par des seigneurs Tutsi, qui gouvernaient maintenant les Hutus. La relation purement économique d’autrefois, qui existait principalement à des fins d’échanges commerciaux, adopta des traits de soumission et d’esclavage des Hutus vis-à-vis les maîtres-Tutusi.

L’Église catholique romaine, qui, à partir du 19ième siècle, menait des œuvres missionnaires au Rwanda, choisit le parti des exploités, les Hutus agriculteurs, et voulut les aider et les soutenir. En 1957, les Hutus publièrent le manifeste des Hutus, où ils exigeaient leurs droits sociaux et politiques en tant que citoyens à part entière, ils demandèrent les mêmes droits à la formation et à l’enseignement que les Tutsis. Ce mouvement d’émancipation des Hutus fut fortement soutenu par l’Église catholique romaine. Le refus catégorique des Tutsis mena à la révolution de 1959.

La période d’esclavage des Hutus fut frustrante pour les Hutus. Lorsque les Hutus accédèrent au pouvoir en 1961, ils ne firent rien pour apaiser cette frustration, bien au contraire, ils utilisèrent tout prétexte pour prendre revanche des Tutsis. Pour cette raison, les Tutsis – surtout ceux qui avaient été au pouvoir – firent vite de quitter le pays. Ainsi, entre 1959 et 1961, une grande partie de la population quitta pour la première fois le pays.

En octobre 1990, lorsque les réfugiés Tutsis, avec l’appui de l’Ouganda, déclanchèrent une guerre, les problèmes ethniques revinrent en force dans la société rwandaise. Et cela alors que le la jeune génération née après les années soixante-dix n’avait aucune connaissance des querelles entre Hutus et Tutsis. Ainsi, depuis octobre 1990, le Rwanda est le théâtre de la politique, des tueries à grande échelle et des exécutions.

Après le génocide, ceux qui ignoraient les enjeux entourant l’arrivée au pouvoir du FPR (Front Patriotique Rwandais), voyaient en la personne du dirigeant Paul Kagame, l’héros du peuple rwandais. Mais ce que la plupart ignoraient, c’est que le FPR était en parti responsable pour le drame au Rwanda. Un drame qui était le résultat d’une certaine situation historique et politique, combinée à une mauvaise gouvernance de la part de dirigeants démunis d’une vision nationale. On peut dire que la direction et la division du pouvoir au Rwanda était caractérisées en grande partie par la différence d’ethnies. C’est ce qui finalement au grand désastre de 1994.

POLITIQUE ACTUELLE

Mesdames et messieurs,

Le régime actuel de Paul Kagame n’a rien retenu des événements dramatiques du passé et par conséquent, n’a nulle intention de rebâtir les structures sociales détruites du pays. Malgré l’illusion que le régime du général Kagame soit accepté des habitants, la situation politique et sociale au Rwanda demeure alarmante. La politique au Rwanda est actuellement concentrée entre les mains d’un regroupement anglophone de retour de l’Ouganda, soit le FPR. Ce parti exerce systématique la répression sur toute forme d’opposition et toute personne qui ose ouvertement critiquer le régime. La population rwandaise refuse d’avouer que le FPR se comporte comme s’il était une armée en possession. Au Rwanda actuellement règne un climat de peur, d’épouvante et de répression.

Le FPR s’accroche de façon très consciente à la menace d’un nouveau génocide contre les Tutsis. Ceci, uniquement afin de renforcer du régime dictatorial du général Kagame. Ce régime exploite le génocide des Tutsi purement par intérêt politique, les crimes de guerre et autres crimes qui ont plongé le pays entier dans le deuil.

Le général Kagame se justifie en s’accrochant au spectre cauchemardesque du génocide, la mutilation des principes démocratiques et la restriction des libertés civiles et politiques des citoyens. La liberté telle qu’établie par la Déclaration universelle des droits de l’humain et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Afin d’assurer que les crimes de certains militaires du FPR demeurent impunis et afin de fortifier le régime dictatorial, Paul Kagame joue sur le sentiment de culpabilité de certains membres de la société internationale : ils n’auraient pas pu prévenir le génocide d’avril 1994. Mais quinze ans plus tard, la communauté internationale n’a plus à être dupée par le régime du général Kagame.

Mesdames et messieurs, je ne peux parler de la situation politique actuelle du Rwanda sans trancher sur les problématiques de procès justes et de la situation économique.

Au Rwanda, c’est la loi du plus fort. Le tribunal des Nations Unies pour le Rwanda a échoué. Un an avant qu’on y ferme les portes, on constate que les gens ne sont poursuivis que d’un seul côté. Aucun membre du FPR n’a été poursuivi, malgré les preuves contre certains militaires du FPR, qui ont participé au génocide du peuple rwandais.

À la suite du génocide, le régime du général Kagame décide de rétablir une jurisprudence traditionnelle : le gacaca, puisque les prisons débordent. Des milliers et des milliers de Hutus attendent un procès. Le gacaca veut la réunion des suspects, des témoins et des victimes afin de déterminer le réel déroulement des événements. Dans la pratique, cette jurisprudence est utilisée contre toute personne dont l’opinion diffère de celle du régime du général Kagame. Des gens innocents deviennent alors les victimes. Parallèlement, les membres du gouvernement Kagame ne peuvent être convoqués. À ce jour, il semble hors de question que la paix puisse être rétablie au Rwanda sans justice ; la justice étant à la base pour la réconciliation.

Le Rwanda compte parmi les pays les plus pauvres du monde : 64 pour cent du peuple vit au moyen de moins de 1 dollar par jour, 80 pour cent du peuple travaille dans le secteur agricole. Le régime du général Kagame n’alloue qu’à peine 3 pour cent de son budget au secteur agricole, et 16 fois plus dans la défense. La gouvernance du régime du général Kagame ressemble à celle d’une économie en guerre. Les dépenses militaires sont plus élevées que celles allouées au développement du pays. Les dépenses pour la sécurité vont au dépend du secteur économique et social. Le peuple rwandais a atteint un niveau de pauvreté choquant et sans précédent, une pauvreté qui n’existait pas même durant les temps de pénuries de nourriture. Cette situation est le résultat direct de la direction du régime du général Kagame.

Un régime corrompu et des entreprises qui doivent négocier avec d’importants militaires au sujet de leur subsistance, voilà le résultat de l’incompétence du régime de diriger le pays sans terreur. Ce qui importe pour le général Kagame, c’est la conservation d’une bonne image internationale, une image qui est d’ailleurs approuvée par les médias étrangers. Les statistiques publiées au sujet de l’économie n’ont rien à voir avec la réalité. Les jolis bâtiments dans la capitale de Kigali ne sont pas la preuve du développement dans le pays, car la majorité de la population rwandaise habite des milieux ruraux. La majorité de la population tombe dans l’oubli du régime actuel.

Y A-T-IL ENCORE ESPOIR POUR LE RWANDA?

Mesdames et Messieurs, il y a toujours de l’espoir! La clé du succès se trouve entre les mains d’un régime à l’intérieur tout citoyen peut choisir ou non de prendre part. Un régime offrant la possibilité à ses citoyens de librement choisir ses dirigeants et de pouvoir les surveiller, et de les remplacer d’une manière pacifique lorsque il en est le temps.

Certains croient avec conviction que le Rwanda n’est pas prêt pour la démocratie; qu’il est impossible de tenir des élections justes au Rwanda. Certains croient que puisque les Hutus détiennent la majorité, ils gagneront systématiquement les élections. En fait, si le régime de Paul Kagame avait accepté que la réconciliation avec l’opposition soit réellement possible, alors cela déclancherait une avalanche de possibilités. De par cette exclusion, tant et aussi longtemps qu’un petit groupe mono ethnique s’efforcera à maintenir le pouvoir au moyen de répression, sans accorder de l’espace à l’opposition, les pouvoirs politiques se radicaliseront. Je garde toutefois espoir que les communautés internationales soutiendront le programme des Forces Démocratiques Unifiées (FDU) afin de permettre aux normes et valeurs de la démocratie rwandaise de se solidifier.

Nous ne pouvons ériger un État de droit au Rwanda sans la réconciliation. La réconciliation signifie reconnaître, comprendre et finalement pardonner pour vivre ensemble. La réconciliation signifie tisser à nouveau un lien social, tisser une nouvelle solidarité. Dans le cas de mon pays, où le déclin social est la conséquence de centaines de milliers de morts, il doit y avoir la possibilité de s’arrêter devant la mort, mais à la suite du deuil, entreprendre le chemin de l’avenir, de la vie.

Puisque la majorité de la population rwandaise oeuvre au sein du secteur agricole, nous souhaitons attribuer la priorité au ravitaillement et à l’amélioration des conditions de vie de tous ces gens habitant le milieu rural.

Nous jugeons également qu’il est d’une grande urgence pour l’avenir du Rwanda que de développer l’éducation. À l’intérieur du programme des FDU, nous suggérons la construction de deux écoles primaires par 4200 habitants, huit écoles secondaires par secteur (nous avons 416 secteurs) et au moins une école d’études supérieures et une université par province. Je suis convaincue que grâce à une population bien éduquée, il est possible de limiter la violence. Aussi devient-il possible de développer de nouveaux secteurs économiques. Ceci est nécessaire puisque le sol est un problème dans notre Rwanda surpeuplé. Le secteur industriel et le secteur des services sont alors considérés, vue également   la position géographique du Rwanda : au centre de l’Afrique.

Notre troisième priorité est à l’ordre de la santé publique. Seulement une population en santé et bien soignée est active. Pour cette raison, nous sommes d’avis que chaque secteur nécessite au moins deux centres de santé et un grand hôpital par province. Les survivants du génocide rwandais, les orphelins, les veuves et les autres groupes vulnérables obtiennent la priorité quant à l’éducation et les soins de santé.

Est-il possible de mettre fin à la violence entre Hutus et Tutsi?

Mesdames et messieurs, personnellement, j’estime le dialogue comme unique base pour la réconciliation du peuple rwandais, en garantissant et en respectant les droits et libertés des individus. En offrant au peuple la possibilité de donner un avis sur les problèmes de la société rwandaise, en leur offrant une part dans les discussions sur la gouvernance du pays.

Seulement le dialogue peut faire en sorte que l’on travaille conjointement pour trouver des solutions qui reflètent les exigences de notre temps et de la situation politique actuelle de notre pays. Il est primordial de disposer d’un programme qui offre la garantie à tous les Rwandais, peu importe l’origine ethnique. Chacun doit pouvoir faire confiance à l’avancement d’un processus démocratique. Le programme définitif doit résulter du dialogue.

Pour cette raison, j’ai décidé d’offrir ma candidature à la présidence du Rwanda. Je compte, de pair avec mon peuple, œuvrer pour un avenir meilleur, et non demeurer prisonnière du passé. Je souhaite rendre l’espoir à une nouvelle jeune génération et de travailler pour la paix. Je bâtis sur la réconciliation et non sur la confrontation.

Merci pour votre attention,
Victoire Ingabire Umuhoza
Présidente FDU
(Discours en 2009)

Traduction : A. A.